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Le retour de l'Equinoxe [PV]

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Matelot
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Journal de bord
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MessageSujet: Le retour de l'Equinoxe [PV] Lun 19 Déc - 18:21

Le canon tonna à l'entrée dans la rade d'Assecia. Le capitaine en avait donné l'ordre comme, avait-il dit, la première fois que l'Equinoxe était arrivée dans les eaux de Fandir. Et le grand pavillon avait été hissé sur la frégate. Après près de deux semaines de pérégrination en mer, le navire revenait au port pansant encore les cicatrices du combat qui l'avait opposé au couple pirate de l'Aigle Furieux et de l'Empreinte du Sang, cette dernière ayant échappé aux griffes du fleuron de la flotte du gouvernement.

Du haut de la dunette, je contemplais devant moi la ville d'Assecia qui se logeait entre monts et marées. Enfin, pensais-je, me revoilà au pays. Pour la première fois, j'éprouvais une réelle nostalgie à l'idée de remettre pied à terre. Il fallait le dire, la nouvelle survenue lors de l'escale à Glenia y était pour quelque chose, je ne pouvais le nier. Les deux lettres n'avaient d'ailleurs pas quitté la poche de ma veste, je veillais à les conserver scrupuleusement sur moi en raison de l'importance tant pratique, l'une étant une copie du testament, qu'émotionnelle.

Au fil de leur lecture, j'avais pu remarquer la signature de mon frère ainé au bas de l'acte testamentaire en qualité de témoin. C'était lui, il est vrai, qui m'avait présenté à mon oncle mais les circonstances avaient fait que nous ne nous étions ni vus, ni parlé depuis de très nombreuses années et ce même s'il demeurait dans la capitale. Je n'avais jamais bien compris le fin fond de toute cette histoire. Cela remontait à vingt ans et mon souvenir restait celui d'une belle-sœur acariâtre à mon égard qui semblait exercer un ascendant et une pression particulièrement grande sur James Longway. Pourquoi et comment ? Je ne pouvais précisément le dire mais mon intuition me laissait penser qu'il a avait plus qu'un manque de sympathie. Et le tout laissait préasager que je ne tarderais pas à revoir mon frère.

Cependant, encore faudrait-il, pour régler cette succession, obtenir du capitaine Taylor l'autorisation de me rendre à terre. La coutume exigeait en effet que le second lieutenant demeure toujours à bord du navire surtout lorsque que le capitaine descendait à terre, ce que Butchlet Taylor pour remettre son rapport de mission et faire réparer en bonne et due forme les dommages et dégâts de l'Equinoxe, rafistolés pour lui permettre tout juste de regagner la capitale.

Pour ce faire, la frégate, comme lors de son précédent séjour, n'accosterait pas à quai mais se contenterait de mouiller dans la rade sûre d'Assecia. En poste sur la dunette, car c'était mon tour de quart, je guidai par mes ordres la manœuvre. Réduction méthodique de la voilure, choix d'un emplacement convenable dans la baie, pour éviter d'être trop exposé, et enfin largage des ancres de manière à immobiliser l'Equinoxe le moins brutalement possible, lorsque le navire serait presque arrêté, dans les derniers pas de sa course afin d'éviter de l'endommager plus qu'il ne l'était déjà.

Ce fut chose faite et je pouvais en féliciter l'équipage compétant du bâtiment. A quelques exceptions près, Janome pour ne pas le citer, les hommes de l'Equinoxe avaient fait preuve d'une rigueur exceptionnelle, plus que je n'en avais vu lors de mes précédentes affectations. Le Capitaine Taylor y était pour beaucoup : il avait une gestion intelligente du navire et savait trouver l'équilibre entre un paternalisme affectueux et une sévère exigence qui se traduisait parfois par des mesures disciplinaires.

La bataille contre les pirates avait véritablement éclipsé l'incident survenu lorsque j'avais précipitamment quitté mon poste mais, je me doutais cependant que le capitaine ne l'avait pas oublié et je m'étais promis à moi-même de ne plus commettre d'erreur aussi stupide. Je ne manquai pas de féliciter les hommes et après avoir confié la dunette à Alamy qui allait entamé son tour de garde, je descendis l'échelle et me rendis jusqu'à la cabine du capitaine.

Cette partie de la frégate était la plus endommagée et malgré les planches clouées là pour les masquer, on pouvait encore voir les impacts de couleuvrine de l'Empreinte du Sang. Le vent s'engouffrait dans les petites ouvertures qui subsistaient encore et de petit courant d'air circulaient dans le pont-batterie. M'approchant de la porte rapiécée, je toquai et entendant un bref "Entrez", je l'ouvris et pénétrai dans le bureau du Capitaine Taylor.

Celui-ci, était assis et vraisemblablement terminait de rédiger le rapport de mission de l'Equinoxe. A mon entrée, il leva la tête. Je découvris alors de mon tricorne qui vint se placer sous mon bras et m'éclaircissant la voix, je commençai à détailler les raisons de ma venue.

- Nous mouillons dans la rade, Capitaine, et j'ai déjà demandé aux hommes de préparer une chaloupe pour que vous descendiez à terre.


Je marquai un petit moment d'hésitation, puis repris :

- Concernant ce point, Capitaine, j'aurais voulu vous demander la permission de me rendre en ville pour régler… Les problèmes que vous savez… C'est contraire au règlement, je le sais… Je ne mérite d'ailleurs pas cette exception mais… La question de l'héritage nécessite que je me rende chez le notaire.


Assortie d'une visite sur la tombe de l'Oncle Brian, l'héritage était la principale raison qui poussait à me rendre à terre notamment parce qui je ne l'acceptais dans le délai imparti, tous les biens et titres de mon oncle reviendraient à mon père, ce que je désirais nullement, lui qui n'avait jamais accordé d'affection qu'à son domaine terrien et la richesse qui en découlait.

_________________
"En mer, l'ordre est nécessaire parce que les océans sont si hasardeux et impitoyables que ne pas mettre au moins ce qui est en notre pouvoir de notre côté revient à courir droit vers la mort."
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Matelot
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MessageSujet: Re: Le retour de l'Equinoxe [PV] Lun 19 Déc - 23:57

Butchlet terminait de rédiger son rapport de combat. Le papier devrait être rendu à l’amirauté et finirait sans doute sur le bureau du gouverneur. Autant qu’il soit écrit de sa personne. L’Equinoxe rentrait au port d’Assecia pour la seconde fois. Et pour la seconde fois, elle était en miettes. Il allait encore falloir payer pour les réparations. Butchlet s’était fait possédé par le commandant pirate. Il avait réussi à se montrer plus habile et plus fort que lui. En passant sur l’arrière de l’Equinoxe, partie la moins protégée, il aurait pu détruire le navire si un boulet avait tapé à un endroit malencontreux. Le navire pensait donc encore ses plaies lorsque Edward fit son entrée dans la cabine lui expliquant qu’une chaloupe était dores et déjà à sa disposition. Puis vient la demande elle-même :

- Concernant ce point, Capitaine, j'aurais voulu vous demander la permission de me rendre en ville pour régler… Les problèmes que vous savez… C'est contraire au règlement, je le sais… Je ne mérite d'ailleurs pas cette exception mais… La question de l'héritage nécessite que je me rende chez le notaire.

- Eh bien soit, attrapez donc vos papiers, prenez un manteau et accompagnez-moi donc à l’Amirauté... Je vous accompagnerai ensuite chez le notaire, ainsi, nous repartirons ensemble sur le navire.

Sans attendre de réponse, Butchlet fit signe à Francis, son domestique d’approcher pour que ce dernier scelle à la cire l’enveloppe du rapport. Le commandant de l’Equinoxe se leva en s’étirant, prit son manteau et sa rapière au saphir puis attrapa l’enveloppe sur laquelle la cire encore chaude venait d’être apposée. Ceci fait, il poussa le seul battant restant des deux qu’il y avait auparavant et s’élança vers la claire-voie à moitié arrachée. Une fois sur le pont, il put constater de nouveau l’étendue de la ville coloniale. Elle était vraiment belle et harmonieuse. Il se dirigea vers Grumb et Janome qui se trouvaient sur la dunette.

- Bien messieurs, nous avons fort à faire. Surtout vous monsieur Janome, je m’absente avec monsieur Longway, vous êtes responsable du navire durant notre absence. Vous veillerez à ce qu’on nous trouve des marins de remplacement. Je veux aussi que nos canons détruits soient remplacés. Pareillement pour le mât de misaine, voyez avec les responsables du chantier naval et de l’arsenal. Je veux des vivres frais, de l’eau nouvelle. La toile aussi, trouvez des pièces de rechanges. Et organisez les réparations selon les conseils du charpentier !

Sur ces mots, les commandant tourna les talons et descendit le long du filet posé à même la coque pour s’installer à bord du canot qui se mit à pousser bien vite. Ils dépassèrent plusieurs navires plus ou moins gros et de toutes origines avant d’arriver face aux quais. Là, Butchlet renvoya le canot et ils se mirent en route pour l’Amirauté où Butchlet allait rendre son rapport.

Ils gravirent plusieurs escaliers avant d’arriver face à une porte gardée par deux soldats, une poterne. Butchlet se retourna pour observer la rade. On voyait l’Equinoxe au loin qui se balançait paisiblement sur les flots bleus. Plusieurs dizaines d’autres navires étaient là, c’était vraiment impressionnant.


Ils marchèrent encore longtemps à travers la cité pour finir à arriver devant un imposant bâtiment d'où entraient et sortaient nombre d'officiers de la Marine Royale de Soakith, le siège de l'Amirauté à Assecia. Ils furent introduits dans de luxueuses pièces avant d'arriver dans un petit salon où plusieurs officiers patientaient. La salle d'attente du patron actuel de l'Amirauté. Au bout d'une heure d'attente, un valet demanda le commandant Taylor. Butchlet se leva et entra dans la salle attenante qui n'était autre qu'un vaste bureau derrière lequel se trouvait un officier aux galons de commandant de vaisseau confirmé. Après un bref entretient, Butchlet sorti du bureau et accompagna Edward jusqu'à la sortie.

- Bon, voilà qui est fait. Je vous suis désormais ! Si toutefois, vous n'êtes pas dérangé !

Ce ne semblait pas être le cas car ils repartirent dans la cité avant d'arriver, au bout d'une autre demi-heure de marche, face à une belle bâtisse à la façade châtoyante avec une plaque dorée annonçant fièrement qu'ici se trouvait le bureau de A. Lindberg, notaire. Butchlet ne savait pas trop comment étaient les notaires ici mais il savaient que dans l'Empire, ils étaient de vrais corbeaux prêts à tous les vis pour vous saper le maximum en droit de commission mais qui restaient loyaux et secrets. C'était curieux.


Ils furent finalement introduits à l'intérieur d'un hall qui tenait plus de l'hôtel particulier que d'autre chose mais Butchlet avait appris qu'un bon notaire ou commissaire comptable pouvait être très bien lôti. Un domestique noir arriva alors, leur enleva leur manteau et les pria de bien vouloir patienter là. Il y avait des banquettes qui semblaient fort confortables, des portraits d'ancêtre de la famille du notaire, de grandes baies vitrées donnaient sur une petite cour intérieure agrémentée d'arbustes et de palmier faisant du patio une zone ombragée qui devait être fort agréable le matin ou en fin d'après-midi.


Au bout d'une bonne heure d'attente, Butchlet commençait à s'endormir lorsqu'une porte à l'étage s'ouvrit et que des voix et des claquements de pas se firent entendre. Un homme richement vêtu bien que sans ostentatoire de trop descendait les escaliers suivit de près par un autre domestique tandis que le premier lui apportait son manteau. Un roulement dans la rue, suivit d'un martèlement de sabots et d'un hennissement montrèrent qu'une voiture était arrivée pour le visiteur. La porte s'ouvrit sur ce qui semblait être un secrètaire particulier qui entra en remettant droit son chapeau dont la plume grise lui retombait sur le nez.

- Ah comte de Fontaine, nous devons nous hâter, le gouverneur vous attend sous peu.

LE comte de Fontaine ? Décidemment, ce notaire gêrait le beau monde. En même temps.... L'Amiral Longway s'était décidé avec lui. Il devait donc être compétent. Butchlet regardait la voiture s'éloignait dans un roulement de cerceau métallique sur les pavés tandis que les domestiques les invitaient à monter. En haut, un homme les regardait monter.


- Ah, vous, vous devez être le lieutenant Longway, de l'Equinoxe. Et j'imagine que c'est votre commandant à vos côtés ? Vous désirez qu'il nous suive ou qu'il reste dans la salle en bas ? Je peux aussi lui ouvir le patio et lui faire servir un raffraîchissement si vous le désrez, commandant.

_________________
Tout pirate, flibustier, mutin ou autre personnage de cette engeance est un pendu qui s'ignore...

L'Equinoxe recrute ! N'hésitez pas à me contacter via MP, de nombreux postes sont à pourvoir !

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Matelot
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MessageSujet: Le retour de l'Equinoxe [PV] Ven 23 Déc - 22:16

Ayant monté les escaliers, je m'empressai de saluer le notaire. Maistre Geam… Désormais je me rappelai l'avoir rencontré déjà une fois en la demeure de mon oncle. Comment oublier cette attitude si singulière, ces cheveux d'un brun intense et cette barbe d'une mode passée depuis plusieurs décennies… Et ce regard si intense, renforcé par des sourcils qui ne cessaient de froncer. Je retirai mon chapeau et m'inclinai légèrement.

- Le Capitaine Taylor peut demeurer avec nous, cela ne pose pas de problèmes.

Je lançai un regard vers mon supérieur. C'est certes lui qui avait proposé de m'accompagner chez le notaire mais je devinai qu'il n'avait pas dû s'attendre à demeurer dans le bureau au moment du règlement de la succession. Jonathan Geam nous invita alors à prendre place sur les deux chaises disposées devant le bureau tandis que lui-même s'asseyait sur son lourd fauteuil. Il appela un des domestiques et lui ordonna non sans une pointe de mépris d'aller chercher les documents de Sieur Longway. Celui-ci revint avec un petit coffre dans les mains ainsi qu'une clé qu'il déposa sur le bureau du notaire. Le juriste ouvrit alors la mallette et en tira un petit tas de rouleaux et de documents manuscrits.

- Voici ici recensés les différents titres de propriété et brevets détenus par feu votre oncle. Parmi ceux-ci nombreux lui avaient été décernés à titre viager et ne pourront donc faire l'objet d'un héritage. Il ne trouvent donc plus leur place dans ce coffre et je vous suggère de les conserver bien précieusement, ils restent une marque de prestige.

Maistre Geam me tendit les documents en question, sur lesquels je jetai vaguement un œil. Diplôme de l'Académie Navale, brevets d'Enseigne, de Lieutenant, de Capitaine, de Commodore, d'Amiral, certificats d'attribution d'un certain nombre de décorations et de citations, le nombre n'en restait pas moins impressionnant. S'y glissait même une dignité de chanoine d'honneur d'une cathédrale fondée récemment en Orient.

- Ici, voici l'estimation du montant des bien mobiliers et de l'argent liquide dont vous héritez intégralement.

Il s'agissait d'un livret de comptes que j'ouvris et je lus en diagonale. Chaque meuble, chaque bibelot y était listé de manière précise et le total était assez conséquent. J'y remarquai quelques curiosités comme un encensoir en argent, une chevalière prise à un officier de la Marine Impériale, un ensemble d'instruments à cordes venu de Soakith et des liquidités bien plus nombreuses que je ne l'avais imaginé.

- Vous avez une chance immense… Pour un aristocrate, votre oncle se révélait fin gestionnaire et mesuré à la dépense, c'est une qualité que j'admirais chez lui… S'il n'avait été marin il se serait sans nul doute révélé être un excellant négociant.

L'homme disait vrai. Personne n'avait jamais souffert de faim ou de soif sur le Majectic commandé par Brian Longway. La flotte des mers du Levant, elle-même avait toujours été bien ravitaillée et l'intelligence au combat qu'il manifestait lui permettait de belles prises, ramenant au port parfois plus de butin que certains corsaires ne l'auraient fait. Plutôt que de canonner sans réfléchir et couler par le fond les navires pirates, il préférait viser les points stratégiques et pousser l'ennemi à la reddition. Je l'avais un jour vu tirer lui-même au canon un boulet qui parti droit sur le gaillard d'arrière avait tué tous les officiers du navire. Opportuniste, il avait su monter une véritable économie de guerre dont il profitait bien.

- Je vous remets également le titre de propriété de la Demeure Longway d'Assecia que j'ai pris la liberté de mettre désormais à votre nom… Et venons-en au point le plus délicat. Votre oncle n'en faisait usage qu'en Soakith, mais sachez qu'il a été anobli juste avant son retour à Fandir. J'ai ici les lettres patentes de la Chancellerie qui en témoignent…

Le notaire me montra le document. Comme il s'agissait d'une copie, il ne portait pas le sceau de couleur verte, m'indiqua le juriste. La lettre rédigé dans un langage ampoulé déclinait titres et honneurs décoratifs et infernales titulatures à rallonge. Je parvins finalement à en saisir le point essentiel : "… Déclarons ainsi que le Sieur Amiral Brian George Longway sera désormais élevé aux honneurs de notre pairie avec le titre de Baron Longway…" Dire que depuis tout ce temps il n'avait jamais révélé à personne qu'il avait intégré la noblesse, que depuis plus de vingt ans, chacun aurait dû l'appeler "Milord"… Décidément, même mort et enterré, l'Oncle Brian ne cessait pas de me surprendre.

- Cependant, un problème de succession aurait pu se poser si feu votre oncle n'avait pris les dispositions nécessaires.

- Comment ça ?

- Selon la loi, un titre de noblesse ne peut faire l'objet d'une transmission dérogée par héritage. Il obéit au strict principe de primogéniture, à savoir de transmission au fils ou à défaut au parent le plus proche. C'est donc votre père, neveu de Brian Longway par la branche ainée de la famille qui aurait du hérité du titre de Baron Longway. Cependant, il y a près de quinze ans, votre père à concéder à feu votre oncle la possibilité de vous adopter selon la procédure ancienne. Autrement dit, James Longway reste reconnu comme votre père mais son autorité paternelle a été transmise à Brian Longway. En somme, vous ne pourrez hériter de James Longway mais reconnu comme enfant, qui plus est unique, de Brian Longway, vous êtes son légataire universel et ce testament ne fait en fait que le confirmer… J'en avais avisé votre oncle mais il a pensé à raison que ce serait le meilleur moyen de vous prévenir de ce qui vous attendait notamment au cours d'une mission en mer. Aussi pouvez vous désormais user du titre de Lord en qualité de second Baron Longway. Enfin, ce document a été déposé ici afin qu'il vous parvienne en mains propres : il s'agit du testament spirituel de feu votre oncle.

J'attrapai l'enveloppe que me tendais le notaire. Elle était cacheté et je reconnus sur la cire rouge le sceau de mon oncle : un simple navire flottant sur quelques minces vagues. Soigneusement, j'ouvris le paquet en veillant à ne pas briser le sceau. Plusieurs feuillets s'y tenaient pliés. Je les en sortis et me mis soigneusement à les lire. Je reconnus dès les premières lettres l'exécrable calligraphie de mon oncle.

Citation :
Edward,

Si tu lis ce document, c'est qu'à l'heure qu'il est j'ai rendu mon âme à Dieu et m'en suis allé de la terre des hommes. Cela veut également dire, si Maistre Geam a bien accompli son travail, ce dont je ne doute pas, que tu as pris connaissance et possession de ton héritage, ainsi que des dispositions quelque peu tortueuses pour m'assurer que tu deviennes seul héritier, car au fond seul digne de l'être.

Ne te montre pas trop sévère avec ton frère ainé. James aurait originellement du partager mes biens avec toi s'il n'avait refusé par humilité. Aussi bien que moi, tu sais que son caractère n'est pas aussi tranchant que le tien, qu'il a été contraint de faire un choix difficile et qu'il en garde encore le plus profond remords. Si tu vas vers lui, peut être acceptera-t-il de t'ouvrir son esprit et de te tout te dire. En dépit de tout, ton frère garde une immense affection pour toi et ne pense pas qu'il n'a pas suivi de loin ton parcours.

Pour ma part, j'admets avoir caché beaucoup de choses, sans avoir encore livré tous mes secrets, mais le foyer parlera en temps voulu. Puisse-tu me pardonner d'avoir dissimulé tant d'éléments à ton regard alors que tu le sais maintenant, tu n'es plus seulement comme mon fils mais reconnu tel quel par la société. Je ne t'ai pas choisi par hasard : lorsque James nous a présenté, une intuition parlait déjà au fond de moi, confirmée par la suite de ta carrière. J'ai placé les plus grands espoirs en toi et tu t'en es montré digne.

Tu es, Edward, l'honneur de la Marine Royale, et s'il t'arrivait de penser que ta carrière n'évolue plus, que tu restes bloqué, sache que tes qualités ne passent pas inaperçues et que l'évolution arrivera plus vite et plus soudainement que tu ne peux l'imaginer. Lors de notre dernière discussion, je t'ai senti frustré de n'avoir pas reçu de commandement, mais sache que tu as beaucoup à apprendre de la tradition martiale et maritime de l'Empire ; ce furent de nobles adversaires et ce sont désormais de tout aussi nobles alliés. On m'a d'ailleurs dit hier au palais que c'est un certain Butchlet Taylor qui commande l'Equinoxe. Tu apprendras donc que j'ai autrefois croisé le fer avec un certain capitaine Frederik Taylor, commandant du Majestueux, et qu'il fut sans nul doute mon meilleur ennemi.

Et quoiqu'il arrive, tu resteras toujours à mes yeux ce fier garçon, ce marin appliqué et vertueux, mathématicien et tacticien hors pair. N'oublies jamais que tu détiens un savoir théorique qui peut, allié à toute la science pratique dont je sais que tu es capable de mettre en œuvre, faire de toi un officier exceptionnel. Je suis un vieil homme de mer, encore de cette génération qui si fie aux instincts du vent et à la perception de l'œil. Toi, tu es déjà de cet ère du calcul, de la précision des chiffres, plus que nul autre avant toi : c'est là un bagage technique des plus utiles, mais veille cependant à ne pas sombrer dans la démesure consistant à vouloir trop planifier, tout prévoir. C'est un orgueil incompatible avec la prudence du bon marin. Laisse-toi guider parfois par ce qui te semble juste ; l'ennemi est imprévisible et c'est alors le regard qui te sauvera la vie et celle de tout l'équipage.

Tu restera à tout jamais mon digne successeur et je te souhaite de trouver digne héritier comme je t'ai trouvé toi. Que l'on sache désormais que le plus prestigieux nom des Longway restera celui associé à la mer océane, que s'efface cet ancien précepte qui veut que la terre, dure, ferme, trop palpable passe d'abord. C'est du haut des noirs flots, contre houle, vents et brisants qu'une navire prouve sa solidité et acquiert sa gloire. Celui qui reste au port sombre dans l'oubli.

Mon seul plaisir a toujours été celui de naviguer. Excellant dans cet exercice, j'ai atteint des sommets auxquels je n'aspirais guère. Mais je sais à quel point tes ambitions sont manifestes. Puisse ce titre et ces biens que je te transmets t'aider à réaliser tes rêves. Tu as des capacités, du mérite, pourtant tout se ne déroule pas comme tu le voudrais néanmoins comme tu es digne de la plus haute destiné alors reçoit ces présents qui je l'espère guideront ton chemin vers la direction voulue.

J'ai manifesté à ton égard plus d'affection qu'à nulle autre personne. Tu es et tu resteras mon fils, tant dans l'esprit que parce que le sang de nos aïeuls est le même. Va maintenant, porté par ma dernière bénédiction, affronter les mers et le monde, en souhaitant te retrouver en d'autres cieux, vainqueur de toutes les batailles.

  • Désormais, va et vaincs.


Ton grand-oncle,
Brian Longway.

Je posai les feuilles sur le bureau, d'un geste rêveur, perdu dans l'émotion que m'inspiraient les dernières paroles de Brian Longway. Une larme coula et vint s'abattre sur le blanc de mon gilet. Les derniers conseils d'un père, les dernières volontés d'un maitre, n'étaient nulles autres que celles de me retrouver heureux lorsque l'heure serait venue. Des recommandations comme si enfin j'allais entamer seul un grand voyage. La vie était un grand voyage, la belle vie était un périple et je l'avais encore toute ouverte devant moi. Non je ne manquerais pas d'aller fleurir la tombe de mon oncle, le visiter une dernière fois avant de repartir en mer. Ses volontés seraient executées et je fis intérieurement le serment de poursuivre ses ultimes recommandation et de faire en sorte que le digne titre de Baron Longway ne soit transmis qu'à un brave marin. "Celui qui reste au port sombre dans l'oubli." Ce serait désormais ma devise et celle de tout Baron, Seigneur ou Chevalier Longway qui se lancerait dans l'aventure de dompter les océans.

- J'imagine que vous allez accepter l'héritage, me lança le notaire.

- En effet.

Jonathan Geam me fit alors passer un dernier document qui cette fois ci n'était pas compris dans le legs de Brian Longway mais était bien celui qui confirmerait ou non l'acceptation de celui-ci ainsi que les frais notariaux. Il m'invita à apposer ma signature au bas de l'acte notarial avec une mention "Lu et approuvé". Pour ce faire, il me présenta une plume et un encrier. Je trempai alors la plume dans le liquide noir et sur le papier traçait finement la mention puis mon seing. Maistre Geam récupéra le tout, signa lui aussi et enroula le papier qu'il mit de côté. Il rassembla les documents désormais inutiles et les fit placer dans une sacoche de cuir tandis que les autres rejoignirent le coffret qui porterait désormais mon nom.

Je pris formellement congé de Maistre Jonathan Geam qui me fit raccompagner jusqu'à la sortie de la somptueuse demeure. Après un long entretien, je me retrouvais seul sur le pas de la porte avec le Capitaine Taylor. Je n'avais guère chercher à savoir quelles étaient ses réactions. Je savais qu'il ne dirait rien de ce qu'il avait entendu ou lu dans ces murs. Et alors que je le sentis prêt à reprendre le chemin du port, je lançai :

- Me feriez-vous l'honneur de boire un verre en ma maison, Capitaine ?

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