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Macabre missive [RP Solo]

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Matelot
Premier personnage


Journal de bord
Situation RP:
En couple:
MessageSujet: Macabre missive [RP Solo] Ven 3 Fév - 20:27

Le soleil, pareil à une boule de sang dans un ciel enflammé disparaissait lentement à l’horizon, laissant la place à la lune, plaque de métal clair. Il y avait une certaine poésie dans le cycle de ces deux astres : l’un ne pouvait exister sans l’autre, et pourtant, ils étaient à jamais séparés. Pour qui savait écouter, le chant silencieux qu’ils s’échangeaient dans la nuit sans air était magnifique. Alexander marchait dans les rues calmes de la capitale. Il n’était pas tard, pourtant, il y avait peu de monde, et les rares personnes qu’il croisait avançaient sans bruit, lui donnant l’impression d’être la seule créature vivante. La respiration frénétique de la ville, avec tout son cortège de sons et d’odeurs s’était lentement apaisée, mais dans peu de temps, un nouveau rythme viendrait prendre sa place. Il ferait pulser son cœur de pierre au rythme intense d’un monde de la nuit qui inlassablement, se réveillait avec la disparition des derniers rayons du soleil. Le crépuscule, instant figé, carrefour où deux mondes se croisaient sans jamais se toucher. Un chant, comme un écho, s’éleva dans le doux silence et la plainte d’un violon vint l’accompagner, subtile écrin de velours. Là bas, quelque part, un poète saluait l’éphémère crépuscule. Rossignol inconnu, il chantait à la gloire de cette parenthèse immatérielle dans le flot du temps, puis aussi vite qu’il s‘était élevé, l’écho s’enfuit, chassé par la montée d’une nouvelle musique, puissante, effrayante, enivrante. Elle avait le goût du sang et des excès, des rires et des cris de douleur, du vin répandu et des herbes hystériques. Elle était le héraut de cette magnifique dame qu’était la nuit, cette femme qui se complaisait dans la volupté et les secrets échangés à la faveur de sa protection. La musique était sourde encore, Alexander la sentait plus qu’il ne l’entendait, mais elle était bien là, dans la pierre, dans les lumières qui s’allumaient, dans l’air chargé d’électricité et le chasseur de primes sentit son cœur s’unir à ce rythme sauvage et impétueux. De nouveaux acteurs faisaient leur apparition : les honnêtes gens, croisés quelques instants plus tôt, dans une autre vie en réalité, étaient devenus des voleurs sournois, des amants ardents, des prostituées désabusées et des ivrognes ignorés. Un petit sourire étira lentement les lèvres de LaFollet. Ce monde, c’était le sien.
Une pancarte se balançait lentement au son du vent : elle représentait une jeune femme bien habillée qui avait remonté sa robe un peu plus haut que la pudeur ne l’autorisait. Au dessous, un nom à moitié effacé : l’Impertinente. Alexander s’arrêta un instant devant la porte, comme hésitant à pénétrer dans cette bâtisse, mais il finit par la pousser. La musique nocturne qui n’avait cessée de gagner en puissance s’exprima enfin. Le fragile silence fut emporté par la déferlante de sensations qui s’abattit sur le jeune homme : le bruit des chopes s‘entrechoquant, les gloussements aux senteurs avinées, le raclement de la chaise sur le parquet défoncé et l‘odeur du tabac qui planait au dessus des têtes. Son sourire se fit plus large encore alors qu’il pénétrait dans la taverne.

- Ça serait pas ce petit Alexander ? tonna une puissante voix de baryton à l’arrivée du jeune homme.
- Sacré nom ! Leo, qu’est-ce que tu fais ici ? Je te croyais en pleine mer !
- Le sloop est plus c’qu’il était. On s’est tapé une méchante tempête y a quelques jours et le mat principal l'a pas trop supporté, et tu connais l’Vieux… Ce bateau, c’est comme son bébé, alors il a préféré revenir plutôt que d’pousser un peu plus loin pour réparer. Et toi, tu d’vrais pas être en train d’fourrer une p’tite pucelle ?
- Oh, j’ai été bien gâté ne t’inquiètes pas, répondit il en gloussant, mais ce soir je suis libre, alors je me suis dit que j’allais dépenser la récompense que j’ai touché en boisson et en jeux.
- Bon programme, j’comptais faire pareil. Allez, la première tournée est pour moi mon vieux !
- Avec plaisir !

Leo se leva pour chercher deux pintes de bières brunes. Alexander le détailla un instant : il n’avait pas changé depuis la dernière fois qu’ils s’étaient vus. Des épaules larges comme une charrette, plus de poils au menton que de cheveux et un sens de l’humour à décaper un navire. Matelot sur un navire du gouvernement, Alexander l’avait rencontré deux ans plus tôt et les deux hommes s’étaient rapidement liés d’amitié. Leo revint quelques minutes plus tard, lourd des deux boissons. Ils levèrent leur verre et trinquèrent avant de prendre une grande gorgée. Le matelot essuya sa barbe humide d’un revers de la main et poussa un petit rot satisfait.

- On peut dire c’qu’on veut sur Keldrick et sur la qualité de ses filles, mais bon dieu, sa bière c’est vraiment pas d’la merde !
- Ha ! J’oubliais que toi tu as besoin de payer pour connaître les caresses d’une femme.
- Tu d’vrais pas faire le malin gamin, t’étais même pas dans l’ventre de ta mère que j’écartais déjà leurs cuisses.
- Les cuisses ridées des vieilles putes oui ! répliqua-t-il, tout sourire.

Léo poussa un grognement menaçant mais la lueur malicieuse qui brillait dans ses yeux trahissait son véritable état d’esprit. Ils levèrent une nouvelle fois leur verre.

- Qu’est-ce l’beau puceau a à me raconter. T’as descendu du pirate récemment ?
- Non, j’ai juste pu mettre la main sur des minables de seconde zone ces derniers temps. Le dernier en date c’était un petit salaud : il a dévalisé un marchand et la laissé pour mort. Je l’ai retrouvé alors qu’il prenait un whisky Chez Rodrigue. Il se la jouait riche seigneur avec deux catins sur les genoux. Je l’ai trainé par la peau du cou dehors et je l’ai remit aux Chefs. J’aurais préféré lui coller une balle dans la tête mais il valait plus cher vivant. Bref, la routine quoi, et toi de ton côté ? Tu as passé la corde autour du cou de quelques pirates ?
- Rien ! Ces fils de salauds se cachent ! fit il en faisant mine de cracher par terre. Je rêve du jour où on chopera leur impératrice.
- Ça viendra bien assez tôt, ne t’inquiètes pas…
- T’es sur un coup ?
fit Léo en plissant les yeux. Alexander rit.
- Non pas du tout, c’est juste ce que me souffle mon instinct.
- Ton instinct ? T’es bizarre parfois.
- Assez parlé de boulot, on est pas là pour ça. Je vois un marin d’eau douce qui a du mal à finir sa bière !


Leo lui fit un geste obscène avant de la finir d’un trait. Les deux amis en commandèrent quatre autres et la soirée se poursuivit, devenant un peu plus intense à mesure que de nouveaux clients pénétraient dans la taverne. Quelques heures plus tard, les deux hommes étaient ivres, pas ivres mort, mais néanmoins assez éméchés pour rire bruyamment à n’importe quelle occasion. Deux femmes les avaient rejoints au cours de la soirée : l’une s’était installée sur les genoux du chasseur de primes alors que la deuxième s’était assise à coté de Léo et gloussait à chacune des excursions baladeuses de ses mains calleuses. Rebecca, ou Laura, Alexander ne se souvenait plus de son nom, se pencha et lui murmura à l’oreille une proposition qui lui arracha un large sourire. Il allait lui répondre quand un homme s’avança d’une démarche incertaine sur la petite scène de la taverne et réclama le silence à coup de puissants cris.

- Mes amisssssss, jme sent l’âme d’un poète et j’voudrais vous chanter un p’tit chant q’vous connaissez tous !

Il fit mine de se préparer avant de commencer à chanter. Très vite, les clients le suivirent : c’était le chant officiel de L’Impertinente, son hymne que tout client fidèle connaissait sur le bout des doigts.

Elle a des yeux de biche et la peau plus douce que de la soie,
Et pour quelques piécettes, elle te laissera goûter
À la chaleur de ses cuisses, à la douceur de ses jolis seins
Tu sais de qui je parle, tu sais de qui je parle
C’est la grosse Berta, c’est la grosse Berta
Plus chaude qu’un charbon, plus accueillante que ta mère,
Pour quelques piécettes, pour quelques piécettes,
Elle te rendra heureux, elle te rendra heureuuuuuuux !!!


Le chanteur, et avec lui toute la salle, tentèrent de tenir la dernière note, mais le semblant de mélodie vira rapidement à la cacophonie la plus totale. Alexander avait le visage rouge d’avoir chanté aussi fort que ses voisins.

- Ça fait longtemps que jl’avais pas chanté celle là ! rugit Léo en renversant la moitié de son verre de rhum par terre.
- C’est comme ça qu’on reconnait les vrais habitués d’ici, lui répondit Alexander. La femme assise sur ses genoux glissa une main échaudée dans son cou. Hé ma belle, ne soit pas si pressée !

Un homme s’approcha alors de la table du petit groupe. Il détonait avec l’ambiance générale parce qu’il n’était pas saoul, mais surtout parce qu’il portait la livrée des messagers.

- Alexander LaFollet ? fit il poliment.
- Oui, qu’est-ce qu’il y a ?
- J’ai une lettre pour vous, dit il en tentant un papier plié et cacheté à la cire.

Alexander la prit et s’écarta dans un coin pour la lire tranquillement. Il la décacheta et parcouru les lignes rapidement mais son attention était trop faible et il dû s’y reprendre.

Tu ne te souviens peut être pas de moi. Je m’appelle Istvan, j’étais un ami de tes parents. Ce que je vais te dire n’est pas plaisant, et je ne tournerai pas autour du pot… Tes parents, ils sont morts. Ils étaient partis pour votre maison au bord de mer quand ils ont été attaqués par un groupe de bandits. Ton père s’est bien défendu et il en a tué trois, mais ils étaient trop nombreux. Voyant son mari gisant à ses pieds, et consciente de ce qui l’attendait, Solange a préféré se planter une dague dans le cœur. C’est du moins ce qu’on suppose parce que son corps ne présente aucunes autres traces de violence. Je suis désolé d’être aussi direct, mais c’est ton droit de savoir… Je devais les accompagner, mais un problème de dernière minute a retardé mon départ ; si j’avais été présent, tout se serait passé différemment… Pardonnes moi. J’ai organisé la cérémonie, elle aura lieu cinq jours après réception de la lettre si le messager n‘a pas de retard. Cela te laisse le temps de rentrer. Ton père avait prit des dispositions et nous devrons en discuter… Pardonnes-moi encore, je souffre moi aussi de leur disparition. Je prie pour toi et pour leur âme.

Istvan

Alexander relut une deuxième fois la lettre. Ce n’est pas possible, pas comme ça, pas maintenant ! se répétait-il inlassablement. Le regard vide, il se dirigea vers le comptoir, ignorant ses amis qui l‘appelaient. Il commanda trois verres de rhum et les enfila cul sec, puis toujours sans explication pour ceux qui l’accompagnaient, il sortit dehors. La nuit l’engloutit et il accueillit le relatif silence de la rue avec soulagement. Il n’arrivait pas à y croire. Ses parents, morts. Il leur avait rendu visite deux mois plus tôt à peine. Ils rayonnaient de vie, et maintenant ils n‘étaient plus. Cadavres froids sous leur pierre lugubre qui n'attendaient que de servir de nourriture à d'immondes vers de terre. Tout ce qu’ils étaient, tout ce qu’ils avaient été, tout cela avait été emporté dans un éclair de violence meurtrière. Il ne sentait même plus les effets de l’alcool. Seul demeurait l’intolérable souffrance qui brûlait dans son cœur tel un brasier, menaçant de consumer son âme, et sa raison avec elle. Était-il vraiment possible de passer du bonheur à la douleur la plus forte en un instant ? Une goutte s’écrasa contre sa joue et Alexander leva un regard apathique sur le ciel ténébreux, s’attendant à y découvrir un nuage chargé de pluie, mais le ciel était dégagé et les étoiles brillaient d’un pâle éclat. Il comprit alors que cette eau, c’était celle de son corps. Il essuya d’un revers de la main rageur une larme solitaire et poussa un profond soupir. L’heure des souffrances n’était pas encore venue. Il enferma consciencieusement sa douleur dans une épaisse prison de classe et l’enfouit au plus profond de son être. Il la voyait en imagination ; des lames de rasoir brillant dans leur prison cristalline mais cette prison, il l’entoura d’une impénétrable barrière de flamme glacées : celle de sa haine. Il criait vengeance. Vengeance pour l’assassina de son père, vengeance pour le suicide de sa mère. Il traquerait ces misérables, et il leur ferait payer. Il n’avait jamais ressentit un tel désir de sang. Jusqu’ici, il pensait en être incapable, mais tout avait changé maintenant. Il n’aurait de cesse tant qu’ils ne seraient pas morts à ses pieds. Ce n’est qu’à cette condition qu’il pourrait retrouver la paix et affronter cette souffrance prisonnière. Il accueillit cette résolution en son sein et y puisa une force nouvelle. Pour l’heure, il lui fallait se reposer. Il partirait à l’aube. Le regard brillant d’une lueur meurtrière, il s’engagea dans une rue qui le mènerait à sa chambre, dans les beaux quartiers.
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